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Les effets thérapeutiques du clown

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Laisser tomber les masques



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La première particularité du clown, c’est le nez rouge. Le nez rouge est un masque qui a de ceci de particulier qu’il n’indique pas un caractère particulier, comme les autres masques. Il est petit, rond et il est au centre du visage. Plutôt que de cacher quelque chose, il révèle, il met en valeur le reste du visage. Et en même temps il le change un peu, ce qui fait qu’on le regarde comme pour la première fois.
Le nez rouge est le masque qui permet et qui pousse à enlever les autres masques, ceux du social. Le nez rouge rend ridicule. Dans le même temps il autorise et encourage la personne à montrer tout ce qu’elle cache habituellement pour ne pas avoir l’air ridicule justement :
-      sa maladresse
-      sa bêtise
-      sa naïveté
-      son ignorance
-      ses défauts
-      son émotion brute
-      sa « folie »
-      son décalage par rapport à un groupe, à une norme, à un rythme
 
Toute cette matière est la matière du clown. C’est ce qui le rend drôle et touchant à la fois. C’est ce qui fait sa force, parce qu’il a tous les droits, et sa vulnérabilité, parce qu’il est complètement exposé.
Le clown met l’acteur à nu sans le mettre mal à l’aise : le nez rouge lui donne l’autorisation. Et même plus, le public attend ça de lui. Qu’il montre tout. Jusqu’à aller trop loin, outrepasser les interdits sociaux.
Mais à la différence du bouffon, le clown ne le fait pas pour choquer le spectateur. Il le fait  malgré lui, parce que ça le dépasse. Parce que la pulsion, l’émotion sont trop forts ou que l’environnement lui échappe.
 
Le clown révèle cette partie cachée de la personne, sa partie la plus humaine, la plus universelle dans le fond, le contenu, et la plus spécifique dans sa forme.
Avec le clown, la personne est encouragée à exprimer tous ces aspects cachés de son être. Pour une fois, l’expression de ces aspects de sa personne est valorisée. En effet, l’expression spontanée de ces facettes incorrectes socialement fait rire. Et le rire du public est valorisant pour l’acteur qui est derrière le clown. L’acteur sait que le public attend ça du clown.
Le rire du public encourage la personne à aller plus loin dans l’expression de ce qu’elle censure habituellement, par crainte du ridicule. Il y a un renversement des valeurs dans le jeu du clown.
L’acteur continue d’autant plus son expression qu’il en sent les aspects libérateurs chez lui. Libération de son autocensure.
Le renversement peut même produire une nouvelle norme qui dirait : « il faut faire rire ».
Or le clown peut aussi toucher, émouvoir, ou être poétique. L’animateur est là pour le rappeler et empêcher une nouvelle obligation : celle de faire rire.
 
Le stage consiste donc à laisser apparaître peu à peu ces parties cachées, censurées de chacun.
Laisser tomber ses masques.
Dévoiler ce qu’on cache habituellement, sa part d’ombre, et se la réapproprier.
Mettre en jeu ses résistances à ce dévoilement.
En effet, l’expression de ces résistances est une grande partie du jeu du clown : l’hésitation, la peur, la gène, la honte ont toute leur place ici. Il ne s’agit pas de feindre ou de forcer une libération soudaine de son comportement grâce à l’opération magique du nez rouge.
Au contraire. Les premiers jeux des acteurs qui démarrent un stage de clown sont souvent centrés sur ces affects de peur, gêne. C’est aussi déjà une première libération que de pouvoir les exprimer.
Ces premier pas avec le nez rouge, en public, sont d’ailleurs loin d’être évident.
Ils nécessitent une préparation physique, vocale, psychologique : de la relaxation, des exercices, des jeux, des massages...



Autres effets thérapeutiques


Ces stages sont aussi un espace pour s’écouter soi, et écouter les autres de façon fine et profonde, se reconnecter avec son ressenti et son imagination, canaliser ses émotions, développer son authenticité, sa spontanéité, renforcer sa présence, s'affirmer, moins se prendre au sérieux, être plus à l'aise en public, apprivoiser sa peur du regard de l'autre, développer sa capacité à être en relation... et surtout : rire !
On peut reconnaître dans cette liste la plupart des effets thérapeutiques liés au théâtre que je ne développerai pas.
L’art du clown est un cousin du théâtre. En dehors des aspects reliés au nez rouge décrits précédemment, l’art clownesque a des spécificités présentes dans certaines formes de théâtre :
      L’improvisation
Les moments sur scène sont improvisés. Ils sont donc l’occasion de développer la présence à soi et aux autres, l’écoute de ce qui se passe à l’intérieur de soi comme affects mais aussi des autres, sur l’instant, la spontanéité
      Le regard public
Le clown partage ce qu’il vit avec le public en le regardant régulièrement. Il n’est pas enfermé dans ses affects, il les vit en relation avec un autre
      La congruence
Le clown vit une congruence entre ses affects, ce qu’il exprime avec le corps, la voix, les mots. Cette expression globale, simple, congruente renforce sa force d’expression, son message. C’est ce qui lui permet d’être accessible, compris par le plus grand nombre.
Ça donne aussi à l'acteur une sensation interne de cohésion, de justesse.
      Le jeu
Le clown joue avec un rien : ses affects mais aussi ce qui surgit de l’environnement : un objet, un bruit ou avec une situation, une relation. Il est de ce coté là à rapprocher de l’enfant. Il a cependant une conscience supplémentaire qui lui permet de ne pas s’enfermer dans un jeu, mais de toujours s’en extraire. Il est dans un va et vient constant entre « vivre la situation » et « avoir un regard dessus ».



© Brice de Charentenay